À sept kilomètres au nord-est de Saint-Omer, Moulle occupe une position singulière, à la lisière du marais audomarois et des premières collines de l’Artois. La commune, qui compte un peu moins de mille deux cents habitants, ne possède qu’une quarantaine d’hectares dans le marais, mais elle veille sur un trésor discret : la source de la Houlle, cette petite rivière qui alimente une part de l’eau du pays.
Moulle n’a rien d’une commune touristique au sens classique, et pourtant son histoire réserve de belles surprises : une étymologie trompeuse, un château fantôme aux dimensions de calendrier, et un sous-sol qui abreuve aujourd’hui l’agglomération de Dunkerque. Il suffit de gratter un peu pour que ce village tranquille se raconte.
Un nom qui ne parle pas de moules
Contrairement à ce que l’oreille suggère, le nom de Moulle n’a rien à voir avec les coquillages. Il vient du flamand meulen, qui signifie moulin, et rappelle la présence ancienne de ces machines à vent sur les hauteurs du village. La première mention écrite remonte à 1087, sous la forme Monela, dans les chartes de l’abbaye de Saint-Bertin, avant de devenir Munela, puis Moule et enfin Moulle.
Cette racine flamande relie Moulle à ses voisines de la vallée de l’Aa, Serques ou Salperwick, toutes marquées par le peuplement venu du nord. Le village borde d’ailleurs trois communes seulement, Houlle, Moringhem et Serques, dans un paysage de transition entre le plat pays du marais et les ondulations de l’arrière-pays.
L’église Saint-Nicolas
L’église Saint-Nicolas de Moulle a été construite entre 1840 et 1842, en remplacement d’un édifice plus ancien. L’église primitive était fortifiée et aurait résisté à un siège anglais au milieu du XIVe siècle, à l’époque de la guerre de Cent Ans, preuve que ce coin paisible fut aussi une terre de conflits.
L’édifice actuel s’orne de vitraux réalisés par un maître verrier d’Amiens et abrite un orgue signé Arnold Heidenreich, offert par le propriétaire du château local. Ce mécénat d’un notable pour son église témoigne du lien étroit qui unissait, au XIXe siècle, la grande propriété et la vie paroissiale d’un village.
Le château aux 365 fenêtres
Moulle a possédé un château hors du commun, le Vert Manoir, aujourd’hui disparu. La tradition lui prêtait cinquante-deux portes et trois cent soixante-cinq fenêtres, autant que de semaines et de jours dans une année. Cette architecture de calendrier, réelle ou embellie par la légende, en faisait une curiosité que l’on se montrait de loin.
Pendant la Première Guerre mondiale, le domaine sert d’hôpital militaire aux troupes britanniques stationnées dans la région, comme tant de demeures de l’arrière-front. Trop abîmé, il est démoli en 1920. Son emplacement est aujourd’hui occupé par le camping du village, si bien que les vacanciers plantent leur tente là où s’élevait jadis un manoir aux allures de palais.
La source de la Houlle et l’eau de Dunkerque
La grande particularité de Moulle tient à son eau. La rivière de la Houlle prend sa source à la limite du village et de sa voisine Houlle, un point de départ que les deux communes se disputent gentiment. Cette source alimente un cours d’eau clair, apprécié autrefois pour la qualité de son eau, qui a d’ailleurs fait la réputation de la distillerie de genièvre voisine.
Sous les prairies de Moulle et de Houlle s’étend un champ captant considérable. Cette nappe souterraine produit chaque année environ dix-sept millions de mètres cubes d’eau potable, acheminés jusqu’à l’agglomération de Dunkerque, à des dizaines de kilomètres de là. Un pompage si intense que le courant de la Houlle semble par endroits remonter vers l’amont, phénomène étonnant qui trahit l’ampleur du prélèvement.
Le marais et les balades
Les quarante-sept hectares de marais de Moulle prolongent la grande zone humide de l’Audomarois, classée et protégée au sein du parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale. On peut les longer à pied par le sentier du Lansberg, une portion accessible aux personnes à mobilité réduite, qui relie le village aux marais de Tilques en moins de six kilomètres.
Pour aller sur l’eau, il faut rejoindre les embarcadères voisins, à Salperwick tout proche ou à Saint-Martin-lez-Tatinghem, où la Maison du Marais propose des visites guidées en barque. Moulle se prête ainsi à une découverte à pied, complétée par une balade nautique dans les villages alentour, au coeur du même réseau de watergangs.
Un village qui a compté
Moulle n’a pas toujours été le paisible village d’aujourd’hui. Au recensement de 1891, il abritait près de mille cinq cents habitants, bien davantage qu’à présent, à l’époque où l’agriculture, la brique et l’activité liée à l’eau faisaient vivre une population nombreuse. Le village a ensuite connu le lent reflux des campagnes, avant de retrouver un second souffle : sa population remonte doucement depuis les années 2010.
Cette position de commune résidentielle tient à sa situation privilégiée, à la charnière du marais et des collines, à quelques minutes de Saint-Omer et de ses services. On y trouve encore un café-brasserie qui perpétue la vie de village, et le transport à la demande relie Moulle au reste de l’agglomération, preuve que le bourg reste bien vivant.
Visiter Moulle
On atteint Moulle en une dizaine de minutes depuis Saint-Omer. La visite se fait sans façon : un arrêt à l’église Saint-Nicolas, un regard vers l’emplacement du Vert Manoir, une marche le long de la Houlle et du sentier du Lansberg. Un café-brasserie du village permet de faire une pause, et deux campings en bordure du marais accueillent ceux qui veulent prolonger le séjour.
Village de sources et de moulins, Moulle raconte une autre histoire du marais : celle de l’eau que l’on capte, que l’on distille et que l’on envoie au loin. Une étape modeste mais instructive pour qui veut comprendre comment ce pays d’eau irrigue, encore aujourd’hui, bien au-delà de ses frontières.



