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La réserve naturelle du Romelaëre à Clairmarais, le marais au bout des pontons

La réserve naturelle du Romelaëre à Clairmarais, le marais au bout des pontons

Il suffit de quelques pas sur le ponton de bois pour que la ville disparaisse. Devant vous s’ouvre une étendue d’eau plate, bordée de roseaux, où passent un héron, une famille de foulques, parfois la silhouette furtive d’un oiseau qu’on ne saura pas nommer. La Réserve Naturelle Nationale des étangs du Romelaëre, à cheval sur les communes de Clairmarais, Saint-Omer et Nieurlet, déroule ainsi plus d’une centaine d’hectares d’étangs, de marais et de bois au coeur de l’Audomarois. C’est l’un de ces endroits où l’on baisse instinctivement la voix.

Ce paysage paisible cache pourtant une histoire de travail. Les plans d’eau que vous longez ne sont pas l’oeuvre du hasard : ils ont été creusés par des générations d’hommes venus extraire la tourbe. Aujourd’hui protégé et reconnu jusqu’au niveau de l’UNESCO, le Romelaëre est devenu un refuge pour la faune et un terrain d’observation idéal pour qui veut comprendre comment fonctionne un marais.

Un marais né de la tourbe

Avant d’être une réserve, le Romelaëre fut une zone d’extraction. Jusqu’au XIXe siècle, on y a creusé la tourbe, ce combustible tiré du sol gorgé d’eau, séché puis brûlé pour se chauffer. À chaque fosse ouverte, l’eau remontait et remplissait le trou. C’est cette activité, répétée pendant des décennies, qui a découpé le terrain en cette mosaïque d’étangs et de chenaux que l’on parcourt aujourd’hui.

Le paysage que l’on admire est donc, à l’origine, un paysage façonné par la main humaine. Les berges, les îlots, la découpe des plans d’eau gardent la mémoire de ce labeur ancien. La nature, ensuite, a repris ses droits : roseaux, saules, oiseaux d’eau ont colonisé ces anciennes tourbières jusqu’à en faire un milieu d’une grande richesse. Comprendre cette origine change le regard que l’on porte sur le site, ni tout à fait sauvage, ni tout à fait artificiel, mais le fruit d’une longue cohabitation.

Une protection qui monte jusqu’à l’UNESCO

La valeur du Romelaëre n’a pas échappé aux autorités. Depuis 2008, le site est classé réserve naturelle nationale, le statut de protection le plus élevé que l’on puisse accorder à un espace naturel en France. Ce classement encadre les usages, limite les dérangements et garantit que cet écosystème fragile sera préservé sur le long terme.

La reconnaissance est allée plus loin encore. En 2013, le marais audomarois et ses étangs ont été labellisés réserve de biosphère par l’UNESCO, dans le cadre du programme « Homme et biosphère ». Ce label distingue les territoires où l’on cherche un équilibre entre activité humaine et préservation de la nature, exactement ce que raconte l’histoire de ces anciennes tourbières devenues refuge. Pour l’Audomarois, c’est une fierté qui place le marais sur la carte des grands sites naturels reconnus à l’échelle internationale.

Découvrir le marais sans le déranger

Tout l’enjeu d’une réserve naturelle tient dans cet équilibre : laisser venir le public sans abîmer le milieu. Au Romelaëre, la solution s’appelle le ponton. Des sentiers sur pontons de bois courent au-dessus de l’eau et des zones humides, permettant d’approcher au plus près le coeur du marais sans piétiner les berges ni effrayer la faune. On marche au ras de l’eau, à hauteur des roseaux, dans un calme que peu d’aménagements savent offrir.

Le site propose trois parcours pour s’adapter aux envies et aux jambes de chacun. Le Sentier du Cormoran, d’environ 4 kilomètres aller-retour, déroule un parcours pédagogique consacré à la faune et à la flore : c’est le choix de ceux qui veulent prendre le temps d’observer et d’apprendre. Le Sentier du Blongios, plus court avec ses 2,8 kilomètres, a été pensé pour être accessible aux familles comme aux personnes à mobilité réduite, sans renoncer à la beauté des paysages.

La Grange Nature, porte d’entrée du site

Avant de s’engager sur les pontons, mieux vaut passer par la Grange Nature. C’est la porte d’entrée de la réserve, à la fois espace d’accueil et lieu pédagogique. On y trouve les informations utiles pour préparer sa balade, comprendre ce que l’on va voir et repartir avec quelques clés sur la vie du marais. Pour une première visite, c’est l’étape qui donne du sens à tout le reste.

La Grange Nature est gérée par le syndicat mixte Eden 62, l’organisme qui veille sur de nombreux espaces naturels du Pas-de-Calais. Sa présence rappelle qu’une réserve ne se gère pas toute seule : derrière la quiétude des étangs, il y a un travail constant de surveillance, d’entretien et de sensibilisation. C’est aussi auprès de cette structure que l’on glane les bons conseils pour ne rien manquer selon la saison.

Le royaume des oiseaux d’eau

Si l’on vient au Romelaëre, c’est souvent pour les oiseaux. Les étendues d’eau calme, les roselières et les bois alentour composent un habitat de choix pour une faune ailée qui change au fil des saisons. Hérons, foulques, canards et bien d’autres espèces se laissent observer pour peu que l’on reste discret. Le marais vit à son propre rythme, et c’est la patience qui récompense le visiteur attentif.

Pour profiter pleinement de ce spectacle, mieux vaut adopter les bons réflexes. Une paire de jumelles transforme la balade : elle permet de détailler un plumage, de suivre un vol, de repérer une silhouette tapie dans les roseaux que l’oeil nu laisserait passer. Marcher en silence, éviter les gestes brusques, prendre le temps de s’arrêter aux endroits dégagés : voilà comment le marais finit par livrer ses habitants.

Des règles qui protègent ce qu’on vient admirer

Visiter une réserve naturelle, c’est accepter quelques règles qui ne sont pas des contraintes inutiles mais la condition même de sa survie. Au Romelaëre, les chiens sont interdits, y compris tenus en laisse. La mesure peut surprendre les promeneurs, mais elle se comprend dès qu’on pense à la faune : un chien, même calme, suffit à faire fuir les oiseaux et à perturber un équilibre que la réserve s’attache à préserver.

L’accès au site suit également un calendrier. Les sentiers et la Grange Nature sont ouverts du 15 mars au 15 décembre, une période qui laisse le marais souffler en plein coeur de l’hiver. Mieux vaut donc vérifier ces dates avant de se déplacer, surtout en début de printemps ou à l’approche des fêtes. Respecter ce rythme, c’est respecter le marais lui-même, qui a besoin de ses temps de tranquillité.

Prolonger la visite dans le marais audomarois

Une fois les pontons parcourus, l’envie vient souvent d’aller plus loin. Le Romelaëre n’est qu’une porte d’entrée sur un territoire plus vaste, celui du marais audomarois, ce labyrinthe d’eau et de terre qui s’étend autour de Saint-Omer. La meilleure façon d’en prendre la mesure reste de monter à bord d’une barque : glisser sur les canaux, longer les jardins maraîchers et les watergangs, c’est découvrir le marais par son moyen de transport historique. À deux pas, la forêt de Clairmarais offre une autre ambiance, plus boisée, idéale pour prolonger la journée à pied ou à vélo.

Pour organiser sa venue, le mieux est de se renseigner auprès de l’office de tourisme du Pays de Saint-Omer, qui recense les sorties en barque, les conditions d’accès de la saison et les balades alentour. La réserve du Romelaëre se prête à une demi-journée tranquille comme à une étape dans un programme plus large autour du marais. Dans tous les cas, on repart avec cette sensation rare d’avoir vu, le temps d’une promenade, un coin de nature que les Audomarois ont su garder vivant.