À cinq kilomètres au nord de Saint-Omer, Nieurlet marque la frontière entre deux mondes. Le village bascule administrativement dans le département du Nord, mais il appartient de plein droit au marais audomarois, dont il occupe la lisière orientale. Avec ses neuf cents habitants, c’est une petite commune rurale, posée là où le bocage flamand rencontre les zones humides et les étangs.
Nieurlet est une porte d’entrée idéale vers l’une des parties les plus sauvages du marais : celle des étangs, des roselières et des oiseaux d’eau. C’est ici que le paysage cesse d’être jardiné pour devenir vraiment nature, et que le marais audomarois montre son visage le plus proche de l’état d’origine.
Un nom flamand, une histoire médiévale
Le nom de Nieurlet vient du flamand Nieuwerleet, qui signifie nouveau fossé ou nouveau canal, en écho aux travaux de drainage qui ont façonné la région. Le lieu apparaît dans les textes dès le XIIe siècle, sous des formes comme Niewerlede. En 1149, Arnould IV d’Ardres et son épouse Adeline concèdent des dîmes à l’abbaye de Clairmarais, toute proche, qui met alors ces terres humides en valeur.
Pendant des siècles, Nieurlet n’est qu’un hameau rattaché à la commune voisine de Lederzeele. Il faut attendre le 4 mars 1928 pour qu’il soit érigé en commune indépendante. Cette autonomie tardive explique en partie son caractère de village de bout de route, longtemps resté à l’écart des grands axes, entre le marais et les champs.
L’église de l’Immaculée-Conception
Au coeur du village se dresse l’église de l’Immaculée-Conception, construite en 1885 pour remplacer un édifice du XVIe siècle jugé trop vétuste. Bâtie sur un sol instable, comme souvent en pays de marais, elle a demandé des fondations soignées. Ses deux cloches, fondues à Douai en 1893, portent des noms et des tonalités précises, détail qui rappelle le soin apporté autrefois à la voix des clochers.
Autour de l’église, quelques traces d’un passé plus industriel subsistent, comme les vestiges d’une ancienne tuilerie. Le sous-sol argileux du secteur a longtemps alimenté la fabrication de briques et de tuiles, activité modeste mais typique de ces villages du Nord où la terre servait à bâtir autant qu’à cultiver.
Les étangs de Booneghem
La richesse de Nieurlet, c’est son hameau de Booneghem et ses étangs. Ce secteur de mosaïque, fait d’étangs, de roselières, de prairies pâturées et de bois, offre un refuge à une faune remarquable. On y observe le cormoran, plusieurs espèces de hérons et le busard, tandis que la flore recèle des espèces rares, jusqu’à des orchidées sauvages dans les prairies humides.
Ce paysage d’eau et de roseaux appartient au grand ensemble protégé du parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale. Il prolonge, côté Nord, les milieux naturels du Romelaëre, l’ancienne zone d’extraction de tourbe devenue réserve, dont les étangs comptent parmi les plus beaux points d’observation des oiseaux de tout l’Audomarois.
Le circuit de Booneghem
Pour découvrir ce coin de marais, le circuit de Booneghem est tout indiqué. Cette boucle d’environ neuf kilomètres part de l’église de Nieurlet et serpente entre les zones humides, les champs maraîchers et les abords du Romelaëre. Comptez deux heures et demie à trois heures de marche, sur un parcours accessible à tous les niveaux, idéal pour une sortie nature en famille.
En chemin, une halte s’impose à la Grange Nature de Clairmarais, la maison du parc naturel qui informe sur la faune, la flore et les balades du secteur. De là, on rejoint facilement les étangs du Romelaëre et leurs observatoires, où l’on peut passer des heures à guetter les oiseaux d’eau depuis des cabanes de bois.
Aller sur l’eau
Nieurlet a longtemps eu son embarcadère, Le Brouckailler, mais celui-ci a fermé en 2023. Pour naviguer, il faut désormais gagner les embarcadères voisins de Clairmarais, à quelques minutes, d’où partent les visites guidées du marais en bacôve et en barque. C’est l’occasion de glisser sur les étangs et les canaux, au plus près des roselières et des oiseaux.
Cette proximité fait de Nieurlet un point de départ commode pour explorer tout le nord-est du marais audomarois, entre la forêt de Clairmarais, l’abbaye disparue et les grands étangs. On combine facilement la marche, l’observation des oiseaux et une balade sur l’eau, dans un même rayon de quelques kilomètres.
Un village du Nord au bord de l’eau
Nieurlet a une situation administrative singulière. Rattaché au département du Nord et à l’arrondissement de Dunkerque, il regarde pourtant vers Saint-Omer, dont il n’est séparé que par quelques kilomètres de marais. Sur ses dix kilomètres carrés, l’altitude ne dépasse guère vingt-huit mètres, et l’eau, sous forme de fossés et d’étangs, y est reine.
Le village a connu au début du XXe siècle un peu d’animation ferroviaire, avec une ligne reliant Herzeele à Saint-Momelin qui le desservait. Plus loin dans le temps, au XVIe siècle, Claude d’Hallwin fut seigneur de Nieurlet en même temps que capitaine de Dunkerque, signe des liens anciens entre ce coin de marais et la grande cité maritime voisine. Aujourd’hui, Nieurlet est fier d’appartenir à ce que l’on présente comme le dernier marais encore cultivé de France.
Visiter Nieurlet
On rejoint Nieurlet en une dizaine de minutes depuis Saint-Omer, par la route de Clairmarais. Le village lui-même se visite vite, autour de son église, mais il vaut surtout pour ce qu’il ouvre : les étangs de Booneghem, le Romelaëre et ses observatoires, les sentiers du parc naturel. Une auberge du hameau permet de se restaurer d’une cuisine du terroir après la marche.
Discret sur la carte, Nieurlet est en réalité l’une des plus belles portes vers le marais sauvage. Pour les amateurs de nature et d’oiseaux, c’est une base idéale, à la charnière du Nord et du Pas-de-Calais, là où l’Audomarois se fait le plus vaste et le plus silencieux.



