Aux portes de Saint-Omer, le marais audomarois s’étend sur près de 3 700 hectares de prairies humides, de canaux à ciel ouvert et de jardins maraîchers flottants. Classé Réserve de Biosphère par l’UNESCO depuis 2013, il est à la fois un site naturel exceptionnel, un terroir agricole vivant et un espace de loisirs accessible à tous les publics. Sa particularité est de n’être pas seulement un espace naturel préservé : c’est un territoire habité et cultivé, où une communauté de maraîchers perpétue depuis des siècles des pratiques agricoles sans équivalent en Europe du Nord.
Parcourir le marais audomarois, c’est donc découvrir simultanément une nature remarquable et un mode de vie authentique qui résiste à la modernisation. Le réseau de watergangs, les bacôves glissant silencieusement entre les rangées de choux et les silhouettes des hérons sur les berges composent un paysage qui surprend toujours les visiteurs qui ne l’attendaient pas à si peu de distance d’une ville.
Des origines médiévales à la Réserve de Biosphère
Le marais audomarois doit son existence à des travaux de drainage entrepris dès le XIe siècle par les moines de l’abbaye de Saint-Bertin. Progressivement, les terres marécageuses ont été organisées en un réseau complexe de canaux – les watergangs – permettant de contrôler le niveau d’eau des parcelles agricoles au fil des saisons. Ce système de drainage, perfectionné au fil des siècles, a permis de transformer des zones inondables en terres d’une fertilité exceptionnelle.
L’agriculture maraîchère s’est développée en parallèle, adaptant ses méthodes aux contraintes d’un terrain accessible uniquement par eau. Les maraîchers ont conçu des bateaux spécifiques à fond plat – les bacôves – pour transporter leurs récoltes et se déplacer entre les parcelles. Cette organisation unique a traversé les siècles sans bouleversements majeurs et constitue aujourd’hui un patrimoine agricole vivant reconnu à l’échelle internationale par l’UNESCO.
Les watergangs, 150 kilomètres de canaux
Plus de 150 kilomètres de watergangs quadrillent le marais audomarois. Ces canaux, dont la largeur varie de quelques mètres à une dizaine selon leur fonction, permettent à la fois le drainage des terres, l’irrigation en période sèche et la circulation des embarcations. Leur réseau forme une grille géométrique qui structure l’ensemble du paysage maraîcher et donne au territoire vue du ciel une apparence de dentelle verte.
L’entretien des watergangs est une responsabilité partagée entre propriétaires riverains et institutions locales. Des corvées collectives de curage des canaux, héritées des pratiques médiévales, sont encore organisées aujourd’hui. La qualité de l’eau a connu une amélioration significative depuis les années 1990 grâce à des programmes de réduction des intrants agricoles, et les espèces aquatiques – poissons, libellules, amphibiens – se sont réinstallées progressivement.
Les circuits de randonnée
Le marais audomarois propose plusieurs niveaux de circuits balisés adaptés à différents profils de marcheurs. Le sentier des maraîchers (8 km, 2h30, entièrement plat) au départ de Clairmarais est le plus accessible. Il longe les principaux watergangs et passe à proximité de plusieurs exploitations en activité, offrant des vues dégagées sur les parcelles cultivées à différentes saisons.
Le circuit des étangs (12 km, 3h30) emprunte des chemins moins fréquentés entre les étangs de la forêt de Clairmarais et les zones humides protégées du coeur du marais. Ce parcours est particulièrement apprécié des observateurs d’oiseaux au printemps et en automne. Pour les marcheurs plus aguerris, plusieurs sections du GR 121 traversent le marais en le reliant aux communes de la Côte d’Opale, dans des paysages qui alternent entre marais ouvert et bocage.
La promenade en bacôve
La bacôve est l’embarcation traditionnelle du marais audomarois : un bateau plat, à fond carré, propulsé à la perche ou à la pagaie selon les tronçons. Conçue pour naviguer dans les canaux peu profonds et se faufiler entre les rangées de cultures, elle est encore utilisée quotidiennement par les maraîchers en activité. Voir un maraîcher manoeuvrer sa bacôve chargée de légumes dans l’étroitesse d’un watergang est l’une des images les plus fortes qu’on emporte du marais.
Plusieurs opérateurs proposent des sorties guidées en bacôve au départ de Saint-Omer ou de Clairmarais. Les formules vont de la sortie d’une heure (idéale pour une première approche) à la demi-journée avec déjeuner chez un maraîcher. Le guide explique au fil de la navigation les pratiques agricoles, l’histoire du marais et les espèces rencontrées. La sortie est possible dès 5 ans et constitue une expérience particulièrement marquante pour les enfants. La réservation est indispensable en juillet-août.
Observer la faune : 200 espèces d’oiseaux
Le marais audomarois est l’un des sites ornithologiques les plus riches des Hauts-de-France. Plus de 200 espèces d’oiseaux ont été recensées, dont une quarantaine d’espèces nicheuses régulières. Le héron cendré est omniprésent, posté immobile sur les berges à l’affût. La cigogne blanche, après avoir quasiment disparu de la région dans les années 1980, s’est réinstallée et niche désormais régulièrement dans le marais.
Le martin-pêcheur, reconnaissable à son éclair bleu électrique, fréquente les berges ombragées. Le butor étoilé, espèce en fort déclin en Europe, trouve dans le marais audomarois un refuge parmi les plus importants du nord de la France. Les mammifères sont également présents : la loutre d’Europe, protégée et longtemps absente, a été réobservée sur plusieurs tronçons depuis les années 2000. Les observateurs apporteront jumelles et guide ornithologique ; les guides naturalistes de la Maison du Marais proposent aussi des sorties spécialisées.
La flore des zones humides
La végétation du marais évolue au fil des saisons dans une succession de floraisons remarquables. Au printemps, les iris des marais (Iris pseudacorus) couvrent les berges de leurs fleurs jaune vif, suivis par les massettes et les roseaux qui forment des ceintures denses autour des zones les plus calmes. En été, les nénuphars blancs et jaunes tapissent les watergangs les moins fréquentés ; l’effet visuel est particulièrement spectaculaire vu depuis une bacôve.
Les prairies humides qui entourent les zones maraîchères abritent des espèces floristiques rares dans le nord de la France, dont plusieurs orchidées sauvages repérables par les botanistes avertis entre mai et juillet. Des inventaires floristiques réguliers sont conduits par les associations naturalistes locales, dont les résultats sont publiés sur les plateformes de sciences citoyennes comme iNaturalist.
Clairmarais et la Maison du Marais
Le village de Clairmarais, à 6 kilomètres de Saint-Omer, est le point d’entrée principal dans le marais audomarois. La Maison du Marais y propose une exposition permanente qui retrace l’histoire du territoire, des origines médiévales à la reconnaissance UNESCO, à travers des cartes, des outils agricoles anciens et des photographies d’archives. Elle met à disposition des cartes de randonnée gratuites, organise des sorties guidées à thème et loue des vélos pour explorer les sentiers à son rythme.
Un marché de producteurs locaux se tient à Clairmarais chaque samedi matin en saison, de juin à septembre. Les maraîchers du marais vendent directement leurs légumes, cueillis le matin même : les choux-fleurs blancs du marais audomarois, réputés dans toute la région pour leur texture et leur goût, sont la star de ces marchés. Le cresson de fontaine, cultivé dans les zones les plus fraîches du marais, est également très recherché.
Informations pratiques
Accès : depuis Saint-Omer par la D209 direction Clairmarais, 10 minutes en voiture. Une piste cyclable balisée relie Saint-Omer à Clairmarais sur 6 kilomètres. Parking : gratuit à la Maison du Marais. Restauration : plusieurs producteurs proposent des déjeuners à la ferme sur réservation. Équipements : bonnes chaussures de marche (bottes conseillées en hiver), jumelles pour les oiseaux, crème solaire en été. Meilleure période : mars à novembre ; l’hiver offre une lumière particulière sur le marais mais les chemins peuvent être boueux. Durée recommandée : demi-journée pour une première visite, journée complète pour combiner randonnée et bacôve.



