Collée à Saint-Omer, Saint-Martin-lez-Tatinghem est la plus peuplée des communes du marais audomarois, avec près de six mille habitants. Née en 2016 de la fusion de Saint-Martin-au-Laert et de Tatinghem, elle réunit deux villages à l’histoire distincte sous un même nom. Ses habitants, appelés depuis 2022 les Saint-Martinghemois, vivent aux portes de la ville, mais gardent un pied dans le marais.
C’est ici, au bord de l’eau, que se trouve l’un des équipements phares de l’Audomarois : la Maison du Marais, point de départ des balades en barque. À quelques rues de là veille le seul moulin à vent encore debout du Pas-de-Calais. Deux raisons, parmi d’autres, de s’attarder dans cette commune souvent traversée trop vite.
Deux villages réunis en un
Saint-Martin-au-Laert et Tatinghem ont chacune leur histoire. La première tire son nom de saint Martin et du mot flamand laert, qui désigne une pâture, en référence à l’église bâtie près du marais. La seconde remonte plus loin encore : son nom viendrait du gallo-romain Tatinga-villa, et une première mention apparaît dès le VIIe siècle. Deux origines, deux clochers, aujourd’hui rassemblés.
Comme leurs voisines, ces communes ont connu les guerres de la Flandre. En 1477, l’église et des quartiers de Saint-Martin-au-Laert sont incendiés par les Audomarois eux-mêmes, pour des raisons stratégiques liées à la défense de Saint-Omer. Tatinghem, de son côté, garde le souvenir de seigneuries nobles et d’un temps où le pays vivait au rythme des sièges et des trêves.
La Maison du Marais
Inaugurée en 2013, la Maison du Marais est installée au port au lait battu, à la rencontre de plusieurs voies d’eau. C’est aujourd’hui l’une des principales portes d’entrée touristiques du marais audomarois. On y trouve un espace de découverte consacré à l’histoire et à la nature du marais, et surtout un embarcadère d’où partent les visites guidées en bateau.
Depuis là, on explore le marais Ouest, le Narstroom et les watergangs de Saint-Martin-au-Laert, au fil d’une eau calme bordée de jardins et de saules. Pour qui découvre l’Audomarois, c’est un point de départ commode, à quelques minutes du centre de Saint-Omer, complémentaire des embarcadères plus champêtres de Salperwick ou de Clairmarais.
Le seul moulin à vent du Pas-de-Calais
Sur les hauteurs de Saint-Martin-au-Laert se dresse un moulin à vent édifié en 1801. Restauré entre 1978 et 1983, il culmine à dix-huit mètres et demi et détient un titre singulier : c’est le seul moulin à vent encore debout de tout le Pas-de-Calais. Cette rareté lui a valu d’être classé au titre des monuments historiques en 2001.
Témoin d’un temps où des dizaines de moulins tournaient sur les buttes de la région, de Serques à Watten, il rappelle l’importance de la meunerie dans l’économie ancienne du pays. Aujourd’hui préservé, il offre une belle silhouette et un point de vue sur la commune et le marais tout proche.
Deux églises remarquables
L’église Saint-Martin, bâtie entre 1862 et 1874 dans un style néogothique par l’architecte Charles Leroy, est un bel exemple de l’art religieux du XIXe siècle. Elle abrite un orgue signé de la célèbre maison Cavaillé-Coll, des vitraux de qualité et des sculptures soignées. Restaurée au début des années 2010, elle a retrouvé tout son éclat.
À Tatinghem, l’église Saint-Jacques, plus ancienne, remonte au XVIIe siècle. Elle conserve une chaire à prêcher classée au titre des monuments historiques et une plaque à la mémoire des morts de la Grande Guerre. Ces deux édifices, l’un du Grand Siècle, l’autre du siècle industriel, racontent à eux seuls la longue histoire des deux villages réunis.
La Croix Pèlerine et la Belle Pèlerine
Un vestige plus mystérieux se cache sur le territoire de Tatinghem : la Croix Pèlerine, dernier témoin d’un ancien manoir dit de la Rouge-Clef. Elle rappelle un épisode haut en couleur de 1449, le Tournoi de la Belle Pèlerine, un pas d’armes durant lequel des chevaliers s’affrontaient en l’honneur d’une dame, selon le rituel courtois de la fin du Moyen Âge.
Ce genre de spectacle chevaleresque, mi-sportif mi-théâtral, attirait la noblesse de toute la région. Que son souvenir se soit fixé sur une simple croix de pierre en dit long sur la mémoire tenace de ces campagnes, où chaque champ ou presque garde la trace d’une légende ou d’un fait d’armes.
La sucrerie Cotillon-Belin
La commune garde aussi la mémoire d’un riche passé industriel. La sucrerie Cotillon-Belin fut, au XXe siècle, une importante entreprise de transformation de la betterave, activité emblématique du nord de la France. Ses bâtiments, bureaux, hangars et haute cheminée dessinent encore une silhouette reconnaissable dans le paysage de Saint-Martin-au-Laert.
Depuis la fermeture de l’usine, le site connaît une seconde vie : une communauté d’Emmaus y a pris ses quartiers, prolongeant l’histoire du lieu sous une forme solidaire. Une place de la commune porte d’ailleurs le nom de Cotillon-Belin, façon de ne pas oublier ceux qui firent tourner cette fabrique et vivre tout un quartier autour d’elle.
Visiter Saint-Martin-lez-Tatinghem
La commune se rejoint en quelques minutes depuis le centre de Saint-Omer. Le plus simple est de commencer par la Maison du Marais pour une balade en barque, puis de monter voir le moulin et de pousser jusqu’aux deux églises. Les amateurs de loisirs y trouvent aussi de quoi occuper une journée en famille, avec plusieurs équipements et restaurants aux abords de la ville.
Trop souvent réduite à une banlieue de Saint-Omer, Saint-Martin-lez-Tatinghem a de quoi retenir le visiteur. Entre son moulin unique, ses deux clochers et sa porte ouverte sur le marais, elle offre un condensé du Pays de l’Audomarois, à la lisière exacte de la ville et de l’eau.



