À trois kilomètres au nord-ouest de Saint-Omer, Salperwick est un de ces villages que le marais audomarois a façonnés autant que les hommes. Sur ses quatre kilomètres carrés, cent quarante hectares sont occupés par l’eau, soit plus du tiers du territoire. Les watergangs y dessinent des îles habitées, des parcelles de maraîchage et des jardins où l’on n’accède parfois qu’en barque. Avec ses cinq cents habitants, la commune garde l’allure paisible d’un bout de campagne amphibie.
Ce village mérite qu’on s’y arrête, non pour un monument spectaculaire, mais pour l’atmosphère d’un pays d’eau resté vivant. Un château caché derrière ses arbres, une église de pèlerinage, des embarcadères d’où l’on part observer les hérons : Salperwick condense tout ce qui fait le charme discret de l’Audomarois, à deux pas de la ville et pourtant à mille lieues de son agitation.
Un village né du marais
Salperwick appartient pleinement au marais audomarois, cette immense zone humide classée que se partagent une quinzaine de communes autour de Saint-Omer. Ici, l’eau vient de la rivière du Grand Large et de plusieurs fossés au nom flamand, comme le Ketestrom. Elle irrigue un damier de prairies et de jardins où l’on cultivait autrefois le chou-fleur et la carotte, et où subsistent des parcelles maraîchères et des maisons de villégiature posées sur leurs îlots.
La commune partage avec Saint-Omer, Tilques et Serques une singularité que l’on ne trouve nulle part ailleurs en France : une partie du courrier y est distribuée par un facteur en barque, pour les habitants dont la maison n’est accessible que par l’eau. Ce détail dit tout d’un mode de vie où la barque tient lieu de voiture, et où le rythme des saisons reste celui du marais.
D’où vient le nom de Salperwick
Le nom de Salperwick intrigue. Selon le linguiste Ernest Nègre, il combine un anthroponyme germanique, Selbericus, et le latin vicus, qui désigne un domaine ou un village. Autrement dit, le domaine d’un certain Selberic. Les archives conservent la trace de ses formes anciennes : Salperwinc en 1096, Salperwic en 1175, avant que l’orthographe ne se fixe autour de 1800.
Cette racine flamande, on la retrouve dans tout le bas pays, où les noms de lieux racontent les vagues de peuplement venues du nord. Salperwick, comme ses voisines Serques ou Moulle, porte dans ses lettres l’empreinte des colons qui, au haut Moyen Âge, ont drainé et mis en valeur les terres humides de la vallée de l’Aa.
Le château de Saubruit
Le monument le plus notable de Salperwick est son château, aussi appelé château de Saubruit. Le lieu fut d’abord une résidence de campagne des moines de l’abbaye de Saint-Bertin, attestée dès le Moyen Âge. Ravagé par plusieurs incendies aux XVIe et XVIIIe siècles, le bâtiment actuel date pour l’essentiel des XVIIe et XVIIIe siècles, avec des décors intérieurs, des boiseries et un parc qui lui valent d’être inscrit au titre des monuments historiques depuis le 30 mai 2001.
Le château reste une propriété privée et ne se visite pas, mais sa silhouette, entrevue depuis la route, participe au caractère du village. Il rappelle qu’avant d’être un lieu de promenade, le marais fut aussi une terre de seigneurs et de moines, dont les domaines quadrillaient la vallée.
Henri VIII, Napoléon et les Carnot
Malgré sa taille, Salperwick a vu passer de grands personnages. À l’été 1513, le roi d’Angleterre Henri VIII aurait logé dans l’ancienne cense de Saubruit, alors qu’il faisait route vers le siège de Thérouanne, dont il allait raser les murs. Trois siècles plus tard, en août 1804, c’est Napoléon Bonaparte qui séjourne au château, à l’époque où il rassemble son armée sur les côtes de la Manche.
Le village est aussi lié à la famille Carnot. C’est à Salperwick que Lazare Carnot, le futur organisateur des armées de la Révolution surnommé le Grand Carnot, épouse Sophie Dupont le 17 mai 1791. Cette union locale ancre dans l’Audomarois une lignée qui donnera un président de la République, Sadi Carnot, et marquera durablement l’histoire nationale.
L’église Notre-Dame de la Bonne Fin
Au cœur du village, l’église Notre-Dame de la Bonne Fin conserve un clocher du XVIe siècle, seul témoin de l’édifice ancien. La nef, elle, a été reconstruite en 1818 puis agrandie en 1864, au fil d’une population qui grandissait. Dédié à l’origine à saint Riquier, le sanctuaire a pris son vocable marial il y a plusieurs siècles.
L’église abrite une statue de la Vierge longtemps réputée pour ses vertus, qui a fait de Salperwick un modeste lieu de pèlerinage. Cette dévotion, aujourd’hui plus discrète, rappelle le rôle des sanctuaires ruraux dans la vie d’un pays où chaque village avait sa protectrice et sa procession.
Partir sur l’eau depuis Salperwick
Salperwick est surtout un point de départ pour explorer le marais en barque. Deux embarcadères y proposent la location de barques, de canoés et des balades guidées : Au Bon Accueil, rue du Rivage Boitel, qui fait aussi bar-restaurant, et Le Coin Rêvé, un peu plus loin. Depuis l’eau, on glisse entre les watergangs, on croise le héron cendré immobile sur sa berge et, avec un peu de chance, l’éclat bleu du martin-pêcheur.
Les marcheurs ne sont pas oubliés. Un sentier balisé d’une dizaine de kilomètres, parfois appelé circuit du marais d’Écou, permet de faire le tour des lieux à pied, entre chemins de halage et parcelles cultivées. Des aires de pique-nique ponctuent le parcours, au bord du Grand Large, pour une pause face à l’eau.
Visiter Salperwick
On rejoint Salperwick en quelques minutes depuis Saint-Omer, par la route de Tilques. Le village se découvre sans hâte : un tour de l’église, un regard vers le parc du château, puis une descente vers les embarcadères pour prendre le large. Pour prolonger la journée, le camping du Grand Large et quelques chambres d’hôtes accueillent ceux qui veulent s’endormir au bord de l’eau, dans le silence du marais.
Petit par la taille, Salperwick est un condensé de l’Audomarois : de l’eau partout, un patrimoine modeste mais chargé d’histoire, et cette impression rare de traverser un paysage que le temps n’a pas bousculé. Une étape idéale pour qui veut comprendre ce que veut dire, ici, vivre avec le marais.



