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Serques, son église, son moulin et ses maisons dans l’eau

Serques, son église, son moulin et ses maisons dans l'eau

À sept kilomètres au nord de Saint-Omer, sur la route de Watten, Serques étire ses maisons entre la terre ferme et l’eau. Ce village de mille deux cents habitants a la particularité d’avoir près de la moitié de son territoire dans le marais audomarois : quatre cent quarante hectares de watergangs, de prairies humides et d’îles sur un total d’un peu plus de mille. Ici, l’élevage a longtemps primé sur le maraîchage, et les vaches paissent au bord de l’eau, entre deux rangées de saules têtards.

Serques n’est pas une destination tape-à-l’oeil, et c’est ce qui fait son charme. On y vient pour une église ancienne, la silhouette d’un vieux moulin, un sentier accessible à tous et surtout pour cette étrange sensation de bout du monde, à quelques minutes seulement de Saint-Omer.

Un village entre terre et marais

Le marais occupe quarante-deux pour cent du territoire de Serques, ce qui en fait l’une des communes les plus aquatiques de l’Audomarois. Deux rivières le traversent, la Muissens et le Grand Large, reliées à l’Aa canalisée par un réseau de fossés. Contrairement aux jardins maraîchers de Saint-Omer ou de Tilques, le marais de Serques est surtout voué à l’élevage : c’est un paysage de prairies inondables où l’on mène les bêtes en barque.

Comme à Salperwick, certaines maisons ne sont accessibles que par l’eau, et Serques figure parmi les quatre communes desservies par le fameux facteur en barque, unique en France. C’est dire si l’eau structure encore la vie quotidienne : elle n’est pas un décor pour touristes, mais une contrainte et une richesse avec lesquelles on compose depuis des siècles.

Segeka, aux origines du nom

La première mention connue de Serques remonte à 1129, sous la forme Segeka. Le village apparaît alors dans les chartes, à une époque où les abbayes de la région étendent leur emprise sur les terres humides. En 1170, un certain Arnould, seigneur de Serques, donne la moitié du village à une abbaye, pratique courante qui liait un domaine à une communauté religieuse.

Au fil des siècles, la seigneurie passe de main en main. On sait qu’en 1705, Guillaume Marcotte en devient seigneur. Ces changements de propriétaires racontent l’histoire d’un village de la vallée de l’Aa, ballotté entre pouvoirs religieux et familles nobles, jusqu’à la Révolution qui rebat les cartes. En 2017, Serques rejoint la communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer.

L’église Saint-Omer

Au centre du village, l’église Saint-Omer garde les traces d’une longue histoire. Un prêtre y est mentionné dès 1187. Bâtie en croix latine autour d’une nef unique, elle a connu son lot d’épreuves : une attaque à la fin du XVIe siècle, l’effondrement de sa tour au milieu du XVIIe, puis des restaurations successives. Son clocher s’élève aujourd’hui à une quinzaine de mètres.

À l’intérieur, l’édifice conserve un mobilier ancien, dont un maître-autel du XVIIe siècle, une statue de Vierge à l’Enfant plus ancienne encore, et une chaire du XVIIIe. Sa cloche, baptisée Jeanne-Thérèse, a été fondue en 1813. Longtemps, des processions partaient de l’église pour parcourir le marais, tradition qui s’est maintenue jusque dans les années 1970.

Le moulin de Serques

Sur une hauteur qui domine le village se dresse le moulin de Serques, parfois appelé moulin Davion. Ce moulin-tour en brique jaune a été édifié en 1775 et il a tourné pendant près de deux siècles, jusqu’en 1951. Il fait partie de ces moulins de vent qui, avant l’électricité, jalonnaient les buttes de la région et broyaient le grain des campagnes environnantes.

Ses ailes sont tombées dès 1905, et le bâtiment, aujourd’hui privé, se dresse en silhouette au bout des champs. Même privé de ses voiles, il reste un repère dans le paysage et un témoin de l’activité meunière qui a marqué tout le Pays de l’Aa, de Serques à Saint-Martin-lez-Tatinghem.

Le sentier du Lansbergue

Pour découvrir le marais de Serques sans se mouiller, le meilleur moyen reste le sentier du Lansbergue. Ce chemin aménagé d’environ six kilomètres relie Serques à Tilques, en longeant les watergangs et les prairies. Sa particularité est d’être accessible aux poussettes et aux fauteuils roulants, ce qui en fait une promenade familiale idéale, ouverte à tous.

En chemin, on croise les estivants installés sur leurs îlots, des pêcheurs, des vaches et parfois des ânes qui pâturent le long des berges. La faune du marais s’y observe facilement, du héron cendré aux canards, dans une ambiance de nature tranquille où l’eau reflète le ciel changeant du Nord.

Marie Grouette et les légendes de l’eau

Comme tout le marais audomarois, Serques a ses histoires de croquemitaine. La plus connue est celle de Marie Grouette, une créature des eaux censée attraper les enfants qui s’approchaient trop des berges et des fossés. Derrière la légende se cache une vieille sagesse paysanne : dans un pays où l’eau est partout, mieux valait effrayer les petits pour les tenir loin des watergangs profonds.

Le personnage a laissé sa trace jusque dans les gîtes du village, dont l’un porte fièrement son nom. Cette mémoire des sorcières d’eau, on la retrouve dans tout le marais, de Clairmarais à Saint-Omer, et elle dit à quel point ces terres amphibies ont nourri l’imaginaire local, entre crainte et fascination pour l’élément liquide.

Un marais d’élevage bordé de rivières

Serques compte parmi les rares communes dont le marais a gardé une vocation d’élevage. Là où Saint-Omer et Tilques cultivent le légume, Serques nourrit des troupeaux, sur des prairies que l’eau isole en petites îles vertes. Ce choix ancien a préservé un paysage ouvert, ponctué de vaches et d’ânes, très différent du damier maraîcher du sud du marais.

Le territoire est irrigué par l’Aa canalisée et par plusieurs cours d’eau, dont la Muissens, le Grand Large et la Houlle qui descend des villages voisins. Cette abondance d’eau, longtemps subie lors des crues, est aujourd’hui la première richesse de Serques : elle façonne un cadre de nature préservée, à deux pas de la ville, où l’on vient chercher le calme et le grand air.

Visiter Serques

Serques se rejoint facilement depuis Saint-Omer par la route de Watten. On peut y consacrer une demi-journée : la visite de l’église, un coup d’oeil au moulin, puis la balade sur le sentier du Lansbergue vers Tilques. Pour ceux qui veulent rester, deux campings et quelques gîtes bordent le marais, dont l’un installé dans une fermette au nom évocateur de Marie Grouette, la sorcière des eaux qui hante les légendes locales.

Village d’élevage plus que de cartes postales, Serques offre une autre facette du marais audomarois, plus rurale et plus secrète. C’est un bon complément à la visite de Saint-Omer et des embarcadères plus connus, pour qui veut sentir battre le coeur paysan de la vallée de l’Aa.