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La forêt de Rihoult-Clairmarais et l’étang d’Harchelles, le poumon vert de l’Audomarois

La forêt de Rihoult-Clairmarais et l'étang d'Harchelles, le poumon vert de l'Audomarois

À l’est de Saint-Omer, quand on quitte les rues du centre et le ruban des canaux, le paysage change vite. Les maisons s’espacent, les cultures cèdent la place aux futaies, et soudain on entre sous les arbres. C’est la forêt de Rihoult-Clairmarais, un grand massif boisé qui couvre environ 1 200 hectares et compte parmi les principaux ensembles forestiers du Nord-Pas-de-Calais. Pour les Audomarois, c’est le poumon vert tout proche, celui où l’on vient marcher le dimanche, faire courir les enfants ou simplement respirer.

Sous ses allures de bois tranquille, ce massif cache une histoire longue, mêlée à celle de l’abbaye voisine, des moines bâtisseurs et même des grandes invasions de l’Antiquité. Au coeur de la forêt, un plan d’eau discret, l’étang d’Harchelles, concentre une bonne part de cette mémoire. Voici de quoi comprendre ce que l’on traverse, et quelques repères pour en profiter pleinement.

Une relique de l’immense forêt charbonnière

Pour saisir ce que représente Rihoult-Clairmarais, il faut remonter très loin. Le massif est ce qu’il reste de la forêt charbonnière, cette gigantesque étendue boisée que les chroniqueurs de l’Antiquité décrivaient déjà, et que Jules César lui-même évoque dans la Guerre des Gaules. À l’époque, le nord de la Gaule était couvert de bois denses qui formaient une barrière naturelle entre les peuples et compliquaient la progression des armées.

De cette immensité ancienne, il ne subsiste que des fragments dispersés à travers la région. La forêt de Rihoult-Clairmarais en est l’un des plus beaux témoins. Marcher dans ses allées, c’est donc fouler le souvenir d’un paysage qui a précédé les villes, les abbayes et les frontières. Une idée qui change le regard que l’on porte sur ces sous-bois apparemment ordinaires.

Deux forêts réunies en une

Le nom à rallonge n’est pas un caprice administratif. Il garde la trace de deux forêts qui n’en faisaient pas qu’une autrefois. D’un côté, la forêt de Clairmarais appartenait à l’abbaye du même nom, fondée vers 1140, dont les moines exploitaient et entretenaient les bois. De l’autre, la forêt de Rihoult était un ancien domaine royal, propriété de la couronne.

La Révolution a rebattu les cartes. Les biens de l’abbaye comme ceux du domaine royal sont confisqués et deviennent propriété de la nation. Les deux ensembles, désormais sans leurs anciens maîtres, finissent par former le massif unique que l’on connaît aujourd’hui. C’est cette histoire de fusion que conserve le double nom de Rihoult-Clairmarais, comme une signature des temps anciens.

Des arbres marqués par les guerres

Qui s’attend à trouver ici des chênes centenaires et des hêtres séculaires sera surpris. La forêt porte encore les cicatrices du XXe siècle. Située dans une région qui a été en première ligne lors des deux guerres mondiales, elle a souffert des combats, des coupes et des bouleversements de ces décennies. Résultat, rares sont les arbres de plus de 90 ans dans le massif.

Cette jeunesse relative des peuplements raconte à sa manière l’histoire mouvementée du territoire. La forêt s’est reconstituée, comme la ville voisine, après les épreuves. Elle n’en reste pas moins vivante et accueillante, avec ses essences variées et son couvert qui se referme dès le printemps. Le visiteur attentif y lit, sous la verdure, la mémoire d’un pays qui a beaucoup encaissé.

L’étang d’Harchelles, au coeur du massif

Au centre de la forêt, l’eau apparaît. L’étang d’Harchelles dessine un plan d’eau d’environ 3 hectares, niché entre les arbres. Sa surface calme, qui réfléchit le ciel et la lisière, en fait l’un des points les plus appréciés de la promenade. C’est le genre d’endroit où l’on ralentit le pas, où l’on s’assied un moment pour écouter les oiseaux et regarder l’eau.

Cet étang n’a rien de naturel : il a été creusé par les moines de l’abbaye de Clairmarais. Dès le IXe siècle, le site était exploité, notamment pour l’extraction de la tourbe, ce combustible tiré des sols humides que l’on faisait sécher avant de le brûler. L’eau qui s’attarde aujourd’hui dans la forêt est donc l’héritage d’un travail humain très ancien, transformé avec le temps en lieu de détente.

L’empreinte des moines de Clairmarais

On ne comprend pas la forêt sans son abbaye. Fondée vers 1140, l’abbaye de Clairmarais a façonné les terres alentour pendant des siècles. Ses moines ont exploité les bois, creusé l’étang, drainé et mis en valeur des sols difficiles, dans un Audomarois où l’eau est partout présente. La forêt et l’abbaye forment ainsi un même paysage, celui d’un territoire travaillé par la communauté religieuse au fil des générations.

Cette présence monastique explique aussi la cohérence du lieu. Là où d’autres bois ont été morcelés, celui-ci a longtemps relevé d’une gestion suivie, attentive à tirer parti de chaque ressource, du bois à la tourbe. Quand on se promène aujourd’hui entre futaie et plan d’eau, on marche dans un paysage en partie dessiné par ces religieux, bien avant que la forêt ne devienne le terrain de loisir des familles audomaroises.

Un trait d’union entre marais et forêt

La forêt de Rihoult-Clairmarais ne se visite pas seule. Elle s’inscrit dans un ensemble plus vaste, à la jonction du grand marais audomarois et des terres boisées. À ses portes, la réserve naturelle du Romelaëre offre un tout autre visage, celui des roselières, des watergangs et des oiseaux d’eau. Passer de l’ombre des arbres à l’horizon ouvert des marais, en quelques kilomètres, donne la mesure de la diversité du paysage local.

C’est sans doute là que réside la singularité de l’endroit. La forêt, le marais, l’étang et l’abbaye dialoguent à l’échelle d’un même territoire, celui de l’Audomarois. Pour qui prend le temps de relier ces points, une journée suffit à goûter cette mosaïque de milieux, chacun avec sa lumière, ses sons et son histoire propre.

Y aller et en profiter aujourd’hui

La promenade la plus classique reste le tour de l’étang d’Harchelles, une boucle accessible et populaire qui permet de découvrir le coeur du massif sans se perdre. Pour le reste, laissez-vous guider par les allées sous les arbres : le couvert offre de la fraîcheur les jours de chaleur, et les sous-bois prennent de belles couleurs à l’automne. Le printemps, quand la forêt se réveille, et les après-midi d’automne comptent parmi les meilleurs moments pour s’y rendre. Pensez à de bonnes chaussures, car les sols peuvent rester humides après la pluie.

Pour prolonger la sortie, l’abbaye de Clairmarais et la réserve naturelle du Romelaëre sont toutes deux voisines et complètent à merveille la balade en forêt. Avant de partir, un passage par l’office de tourisme du Pays de Saint-Omer vous donnera les informations à jour sur les accès et les conditions de visite. C’est la meilleure façon de composer votre journée et de découvrir, à votre rythme, ce poumon vert qui veille sur l’Audomarois depuis des siècles.