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Le sentier de Booneghem : traverser le marais audomarois à la chaîne

Le sentier de Booneghem : traverser le marais audomarois à la chaîne

Il y a des promenades qui se contentent de longer un paysage, et d’autres qui vous font entrer dedans. Le sentier de Booneghem appartient à la seconde catégorie. Sur six kilomètres à peine, il vous emmène au coeur du marais audomarois, ce labyrinthe d’eau et de terre qui borde Saint-Omer depuis des siècles. On y marche à plat, sans effort, le long de canaux où se reflètent les saules. Et puis arrive le moment que les enfants attendent : la traversée d’un bras d’eau à bord d’un petit bac que l’on tire soi-même, à la force des bras, en s’agrippant à une chaîne tendue d’une rive à l’autre.

Cette particularité a fait la réputation du sentier auprès des familles de l’Audomarois et des visiteurs de passage. Mais le bac à chaîne n’est que la cerise d’une balade plus large, qui raconte un territoire unique en France. Car le marais que l’on traverse ici n’est pas un simple décor de carte postale : c’est un milieu vivant, cultivé, protégé, et le dernier de son espèce dans le pays.

Un marais comme nulle part ailleurs en France

Le marais audomarois est le dernier marais maraîcher encore cultivé de France. La nuance compte. Ailleurs, les zones humides ont souvent été asséchées, urbanisées ou rendues à la nature sauvage. Ici, des maraîchers continuent de travailler la terre noire entre les canaux, comme on le fait depuis des générations, en accédant à leurs parcelles par barque plutôt que par la route.

Cette mosaïque de jardins flottants tient grâce à un réseau de canaux d’une densité difficile à imaginer tant qu’on ne l’a pas sous les yeux : plus de 700 kilomètres de voies d’eau, grandes et petites, quadrillent le marais. Les habitants les appellent les watergangs, du flamand, langue dont l’Audomarois garde la trace dans bien des noms de lieux. Suivre le sentier de Booneghem, c’est précisément cheminer le long de ces watergangs et découvrir comment l’homme et l’eau ont appris à cohabiter sur ce coin du Pas-de-Calais.

Une reconnaissance internationale

Marcher dans le marais audomarois, ce n’est pas anodin du point de vue patrimonial. Le site est classé au titre de la convention de Ramsar, qui distingue les zones humides d’importance internationale, celles dont la valeur écologique dépasse les frontières d’un pays. C’est dire la rareté de ce que l’on a sous les pieds.

Le marais fait aussi partie d’une réserve de biosphère reconnue par l’UNESCO. Derrière ces labels un peu abstraits se cache une réalité concrète : une faune et une flore que l’on ne croise pas partout, un équilibre fragile entre activité humaine et préservation, et la volonté d’un territoire de transmettre intact ce qu’il a reçu. Quand on emprunte le sentier de Booneghem, on traverse donc un espace que l’on protège autant qu’on l’admire.

Six kilomètres à hauteur d’enfant

Sur le papier, le sentier de Booneghem affiche un profil rassurant : environ six kilomètres, comptez à peu près trois heures de marche tranquille. Le parcours est plat, facile, sans la moindre difficulté technique. Autant dire qu’il se prête idéalement à une sortie en famille, y compris avec de jeunes marcheurs qui n’ont pas encore les jambes des grandes randonnées.

La durée moyenne de trois heures laisse d’ailleurs le temps de flâner, de s’arrêter, d’observer. Car la vraie nature de cette balade tient moins à la performance qu’au regard qu’on pose autour de soi. Une heure suffirait à boucler le tracé d’un bon pas, mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Le marais se mérite au ralenti.

Le bac à chaîne, l’attraction du parcours

Le moment fort du sentier porte un nom imagé : traverser à la chaîne. À un endroit du parcours, un bras d’eau coupe le chemin, et aucun pont ne le franchit. À la place, un petit bac flottant attend les promeneurs. Pour passer sur l’autre rive, pas de moteur ni de passeur : on monte à bord et on tire soi-même sur une chaîne tendue entre les deux berges, qui fait avancer l’embarcation lentement au-dessus de l’eau.

L’opération est simple, sans danger, et procure un plaisir immédiat, surtout aux plus jeunes qui réclament en général de recommencer. Au-delà du jeu, ce bac raconte une manière ancienne de circuler dans le marais, là où l’eau commande et où l’on a toujours dû ruser pour passer d’une parcelle à l’autre. Le geste de tirer sur la chaîne relie le promeneur d’aujourd’hui aux maraîchers d’hier.

Ce que l’on voit en chemin

Le long du tracé, le décor change au rythme des canaux. Les watergangs accompagnent le marcheur, tantôt larges comme des rivières, tantôt étroits comme des fossés, bordés de roseaux et de rangées d’arbres qui ploient vers l’eau. De part et d’autre apparaissent les parcelles maraîchères, ces bandes de terre cultivées que le marais a façonnées au fil des siècles et qui font sa singularité.

Au gré de la promenade, on devine la vie discrète de ce milieu humide : le clapotis sous une barque amarrée, le vol d’un oiseau d’eau, le vert profond des cultures en pleine saison. Rien de spectaculaire au sens où on l’entend d’habitude, mais une succession de petites scènes qui finissent par composer un paysage dont on se souvient longtemps. C’est un marais qui se livre par touches, à qui sait prendre son temps.

Marcher en hôte du marais

Le sentier traverse un espace habité et travaillé. Les parcelles que l’on longe ne sont pas de simples décors : ce sont des jardins maraîchers entretenus, parfois cultivés à quelques mètres du chemin. La courtoisie veut donc qu’on reste sur le tracé, qu’on ne cueille rien, qu’on referme ce qu’on ouvre et qu’on laisse les berges aussi propres qu’on les a trouvées.

Cette discrétion n’a rien d’une contrainte pesante. Elle fait partie du plaisir de découvrir un lieu vivant, où l’on passe en invité plutôt qu’en propriétaire. Le marais audomarois a traversé les siècles parce que ceux qui y vivent et ceux qui le visitent en prennent soin. Marcher à pas légers, c’est la meilleure façon de le remercier de s’offrir ainsi.

Préparer sa balade aujourd’hui

En pratique, le sentier de Booneghem se savoure surtout à la belle saison, quand les cultures sont en place et que les berges verdissent, même si le marais a son charme en toute période. Prévoyez de bonnes chaussures malgré le terrain plat, car les abords des canaux peuvent rester humides, et glissez de l’eau dans le sac pour ces trois heures de marche. Une matinée ou un début d’après-midi laissent tout le loisir de profiter du parcours et de la traversée en bac sans se presser. Le secteur du marais, aux portes de Saint-Omer, sert de point de départ : renseignez-vous localement sur l’accès exact avant de partir.

Pour qui veut prolonger la découverte, le marais audomarois se laisse aussi explorer depuis l’eau. Une sortie en barque, guidée ou en autonomie, offre un autre point de vue sur les watergangs et les jardins maraîchers. La Maison du Marais, dédiée à ce patrimoine, complète idéalement la balade pour comprendre l’histoire, la faune et le travail des maraîchers. De quoi transformer une simple promenade familiale en une vraie rencontre avec l’un des plus beaux trésors de l’Audomarois.