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La réserve naturelle des landes d’Helfaut, un paysage rare au sud de Saint-Omer

La réserve naturelle des landes d'Helfaut, un paysage rare au sud de Saint-Omer

À quelques kilomètres au sud de Saint-Omer, là où l’on s’attendrait à trouver les champs ordonnés et les villages de brique de l’Audomarois, le paysage change brusquement. Des étendues de bruyère, des mares sombres bordées de joncs, des bois clairs où la lumière traverse : on dirait un morceau de campagne anglaise ou de lande bretonne posé par erreur dans le Pas-de-Calais. Ce coin singulier porte un nom, la réserve naturelle régionale du plateau des landes, que les habitants appellent plus volontiers les landes d’Helfaut.

Classée en 2009, elle protège 181 hectares d’un milieu devenu rarissime à cette latitude. Loin des marais qui font la réputation du territoire, c’est ici une tout autre nature qui se déploie, plus discrète, plus sauvage, et d’une richesse que peu de promeneurs soupçonnent en arrivant. Voici ce qu’il faut savoir avant de venir y poser le pied.

Une réserve née d’une compensation

L’histoire de la réserve a quelque chose d’inattendu. Elle ne résulte pas d’un grand projet de protection conçu d’un seul tenant, mais de la fusion de quatre réserves naturelles volontaires. Ces dernières avaient été créées en compensation de la construction d’une voie routière, pour préserver des milieux que les travaux risquaient de menacer. De ce point de départ un peu administratif est sortie une mosaïque naturelle d’une grande valeur.

Le classement de 2009 a réuni ces parcelles éparses sous un même statut et une même gestion. La réserve s’étend aujourd’hui sur quatre communes du sud de l’Audomarois : Blendecques, Helfaut, Heuringhem et Racquinghem. C’est cette dernière qui a fini par donner son nom courant à l’ensemble, même si le territoire protégé déborde largement les limites d’un seul village.

Un croissant de dix kilomètres

Sur une carte, la réserve dessine une forme curieuse, celle d’un croissant long de dix kilomètres et large d’un à deux. Elle n’est pas d’un seul tenant mais se découpe en cinq secteurs, chacun avec ses ambiances et ses milieux propres. Cette configuration en chapelet raconte bien son origine morcelée, faite de parcelles rapprochées plutôt que d’un vaste bloc continu.

Cette géométrie n’a rien d’anecdotique pour qui veut la découvrir. On ne traverse pas les landes d’Helfaut comme on traverse une forêt domaniale d’un bord à l’autre. On passe plutôt d’un secteur à un autre, en changeant parfois complètement de décor en quelques centaines de mètres, de la lande sèche à l’étang, du bois clair à la prairie humide. C’est une réserve qui se visite par fragments, en prenant le temps.

Un sol qui fait toute la différence

Pourquoi des landes ici, et nulle part ailleurs dans la région ? La réponse tient sous nos pieds. La nature géologique du sol du plateau crée des conditions que l’on ne retrouve quasiment pas au nord de Paris. Là où la craie domine ailleurs dans le Pas-de-Calais, le terrain prend ici un caractère particulier qui favorise l’installation de la lande, ce milieu pauvre, acide, où prospèrent des plantes que l’on chercherait en vain dans les champs voisins.

De cette singularité naît une vraie diversité de paysages. On distingue des landes herbeuses, des landes à bruyères, des landes boisées et des landes humides, sans compter un réseau important de mares et d’étangs. Chacun de ces milieux abrite sa propre vie, et c’est leur juxtaposition sur un même secteur qui fait l’intérêt écologique exceptionnel de l’endroit. Rien de tape-à-l’oeil, mais un patrimoine naturel précieux pour qui sait regarder.

Cinq cents plantes et autant de surprises

Les chiffres donnent la mesure de cette richesse. On recense sur la réserve près de 500 espèces de plantes et 450 de champignons, un inventaire qui place les landes d’Helfaut parmi les sites naturels les plus remarquables du territoire. Parmi cette flore figurent des espèces rares et menacées, comme la bruyère à quatre angles, une lande discrète qui signale les sols les plus humides et les plus acides.

La faune n’est pas en reste, et c’est même elle qui fait la réputation scientifique du lieu. La réserve est réputée pour sa richesse en amphibiens, avec dix espèces recensées, et pour ses coléoptères. On y croise des animaux peu communs comme la salamandre tachetée, qui sort surtout par temps humide, ou la decticelle des bruyères, une sauterelle inféodée à ce type de milieu. Autant d’espèces qui rappellent à quel point chaque mare, chaque touffe de bruyère compte.

Un contraste avec le marais voisin

Ce qui frappe le plus, quand on connaît déjà l’Audomarois, c’est le contraste avec le marais tout proche. Le marais audomarois, avec ses watergangs, ses parcelles maraîchères et ses platières de saules, offre une nature façonnée par des siècles de travail humain, gorgée d’eau et quadrillée de canaux. Les landes d’Helfaut, elles, racontent une autre histoire, celle d’un milieu sec ou acide, hérité de la géologie du plateau bien plus que de la main de l’homme.

Le même territoire abrite donc deux mondes naturels que tout oppose, à quelques kilomètres l’un de l’autre. D’un côté la plaine humide et cultivée du marais, de l’autre les hauteurs sauvages de la lande. C’est cette diversité, rare sur un espace aussi resserré, qui fait la singularité du Pays de Saint-Omer pour les amateurs de nature. Visiter les deux dans la même journée, c’est saisir d’un coup deux visages d’un même pays.

Un milieu fragile à respecter

La beauté discrète de la lande est aussi sa vulnérabilité. Les milieux que protège la réserve sont fragiles, lents à se reconstituer, sensibles au piétinement et aux dérangements. Une mare bouleversée, une zone de bruyère écrasée, et c’est tout un équilibre patiemment installé qui se trouve menacé. La salamandre comme les insectes rares ne supportent guère la précipitation des visiteurs pressés.

Découvrir les landes d’Helfaut demande donc une forme de retenue. On reste sur les chemins, on évite de quitter les sentiers pour s’approcher d’une mare ou d’un terrier, on observe sans cueillir ni déranger. La gestion de la réserve est assurée par le syndicat mixte Eden 62, qui veille sur ces espaces naturels du Pas-de-Calais et travaille à les maintenir dans leur état le plus favorable. Le visiteur respectueux est, à sa manière, un allié de ce travail de longue haleine.

Y aller, observer, prendre son temps

Pour profiter pleinement de la réserve, mieux vaut venir l’esprit du promeneur attentif plutôt que celui du randonneur pressé. Les saisons changent tout : le printemps et le début de l’été font chanter les amphibiens autour des mares, l’arrière-saison colore les bruyères et fait apparaître les champignons. Une paire de jumelles, des chaussures qui ne craignent pas l’humidité et un peu de patience suffisent à transformer la sortie. Mieux vaut se renseigner au préalable auprès du gestionnaire Eden 62 ou de l’office de tourisme du Pays de Saint-Omer sur les secteurs ouverts et les conditions de visite.

Les landes d’Helfaut ne se livrent pas du premier coup d’oeil. C’est un site qui récompense la lenteur, le silence, l’attention portée aux petites choses, une libellule au-dessus d’un étang, le bruissement d’une salamandre dans les feuilles. À deux pas du marais et de la ville, ce paysage rare rappelle que la nature du Pays de Saint-Omer ne se résume pas à une carte postale. Elle se mérite, secteur par secteur, et c’est ce qui en fait tout le prix.