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Circuit de Tilques à Serques : watergangs et cressonnières du marais

Circuit de Tilques à Serques : watergangs et cressonnières du marais

Il y a des promenades qui vous font oublier que vous êtes à deux pas d’une sous-préfecture. Le circuit qui relie Tilques à Serques, au coeur du marais audomarois, en fait partie. On y marche entre des prairies humides et des champs gorgés d’eau, le long de canaux où le ciel se reflète, dans un paysage façonné par des siècles de travail de maraîchers. Ici, l’eau n’est pas un décor : c’est le squelette du territoire, le réseau qui dessine les parcelles et dicte le rythme des cultures.

Aux portes de Saint-Omer, ce coin de marais reste relativement discret. On vient y observer les watergangs, ces fossés qui quadrillent les terres, et les lègres, ces étendues d’eau plus larges. On y croise des cressonnières, dernières témoins d’une culture qui a longtemps fait vivre le secteur. Le tout dans le seul marais maraîcher encore cultivé de France, classé réserve de biosphère par l’UNESCO. Voici comment l’aborder, sans la moindre connaissance préalable du terrain.

Tilques et Serques, deux portes du marais

Tilques et Serques sont deux communes voisines posées sur les marges du marais audomarois, du côté nord-ouest de Saint-Omer. Elles ne ressemblent pas aux villages de bord de canal que l’on imagine parfois : ce sont d’abord des terres agricoles, où les habitations et les fermes côtoient un dédale de parcelles maraîchères découpées par l’eau. Entre les deux, le marais déroule ses prairies basses, ses haies et ses voies d’eau.

Relier l’une à l’autre à pied, c’est traverser un échantillon assez complet de ce que le marais a à offrir. On passe des abords habités, plus secs, aux zones franchement humides où le sol devient spongieux sous les bottes. Le circuit n’a rien de spectaculaire au premier coup d’oeil : sa beauté tient à la répétition tranquille des canaux, des saules et des reflets, et à cette impression d’entrer dans un monde à part, juste à côté de la ville.

La Lansbergue, fil conducteur de la balade

Le circuit suit en bonne partie la Lansbergue, l’un des cours d’eau du marais. Ce genre de voie d’eau structure tout le paysage : elle draine, elle irrigue, elle relie les parcelles entre elles. Avant la voiture, c’est sur des canaux comme celui-ci que les maraîchers déplaçaient leurs récoltes, à la barque, jusqu’au marché de Saint-Omer. Marcher le long de la Lansbergue, c’est donc suivre une ancienne route, mais une route d’eau.

Le long de ce fil, le regard accroche mille détails. Le miroir lisse de l’eau quand il n’y a pas de vent, les hérons immobiles à l’affût, les saules têtards alignés sur les berges, taillés à l’ancienne. La lumière change vite dans le marais : un nuage suffit à éteindre les reflets, un rayon à les rallumer. C’est un paysage qui récompense ceux qui prennent le temps de s’arrêter plutôt que de filer d’un bout à l’autre du parcours.

Watergangs et lègres, le vocabulaire de l’eau

Deux mots reviennent sans cesse quand on parle du marais audomarois, et ils méritent qu’on s’y arrête. Les watergangs sont les canaux et fossés qui découpent les parcelles, parfois étroits comme un sentier, parfois assez larges pour qu’une barque s’y faufile. Les lègres désignent des plans d’eau plus vastes, souvent issus d’anciennes extractions de tourbe. Ensemble, ils forment un réseau dense, plus de 700 kilomètres de voies d’eau à l’échelle de tout le marais.

Ce vocabulaire dit la singularité du lieu. Ici, on ne possède pas seulement de la terre, on possède des berges, des accès à l’eau, des passages. Chaque parcelle est une île ou presque, reliée aux autres par les watergangs. Cette organisation, héritée du Moyen Âge, n’a rien d’anecdotique : elle a permis d’assécher et de cultiver des terres autrement inexploitables, et c’est elle qui donne au marais sa physionomie unique, faite de bandes de terre vertes flottant entre les canaux.

Les cressonnières, une culture de l’eau vive

Parmi les cultures du marais, le cresson occupe une place à part, et le secteur de Tilques et Serques en garde la trace. Les cressonnières sont ces bassins peu profonds où l’eau circule en permanence, condition indispensable à la pousse du cresson de fontaine. On les reconnaît à leurs nappes vert tendre, presque fluorescentes au printemps, tranchant avec le vert plus sombre des prairies alentour.

Cultiver le cresson demande une eau propre, fraîche et renouvelée, ce que le marais sait offrir. C’est une production exigeante, qui a connu son apogée puis un net recul, mais dont quelques parcelles subsistent et rappellent ce que fut l’activité maraîchère locale. En longeant le circuit, regarder ces bassins, c’est comprendre concrètement pourquoi on appelle ce lieu un marais maraîcher : on n’y cultive pas malgré l’eau, on y cultive grâce à elle.

Le dernier marais maraîcher cultivé de France

Le marais audomarois porte un titre rare : c’est le dernier marais maraîcher encore cultivé de France. Ailleurs, ces paysages d’eau et de jardins ont disparu sous l’urbanisation ou l’abandon. Ici, des maraîchers continuent de travailler la terre entre les canaux, perpétuant des gestes et un savoir-faire vieux de plusieurs siècles. C’est cette continuité vivante, autant que la beauté des lieux, qui a justifié le classement en réserve de biosphère par l’UNESCO.

Ce statut n’est pas une mise sous cloche. Une réserve de biosphère reconnaît au contraire un équilibre entre la nature et les activités humaines qui la façonnent. Le marais audomarois en est un exemple parlant : sans les maraîchers, les canaux s’envaseraient, les parcelles se refermeraient, le paysage s’effacerait. Protéger ce marais, c’est donc aussi soutenir celles et ceux qui le cultivent encore, et garder vivante une agriculture profondément liée à son territoire.

Faune et flore au fil des saisons

Un marais cultivé n’est pas qu’un paysage agricole : c’est aussi un refuge pour la nature. Les watergangs et les prairies humides abritent une faune que l’on devine plus qu’on ne la voit toujours. Oiseaux d’eau le long des canaux, libellules au-dessus des bassins, foison de plantes aquatiques sur les berges : le circuit de Tilques à Serques traverse un milieu riche, où chaque saison change l’ambiance et la palette.

Au printemps et au début de l’été, la végétation explose et les berges se couvrent de fleurs. À l’automne, les saules jaunissent et les brumes du matin posent sur l’eau une atmosphère feutrée que les photographes apprécient. Marcher ici à différentes périodes de l’année, c’est découvrir plusieurs marais successifs sous le même nom. Mieux vaut rester discret et observer sans déranger : le calme fait partie de l’expérience, et la tranquillité profite autant aux promeneurs qu’à la faune.

Faire le circuit aujourd’hui

Pour aborder ce circuit, le mieux est de partir du secteur de Tilques ou de Serques selon votre point de départ, en repérant à l’avance les chemins ouverts à la promenade : dans un marais cultivé, tous les sentiers ne sont pas publics, et il convient de rester sur les voies autorisées pour ne pas pénétrer sur des parcelles privées. Prévoyez de bonnes chaussures, le sol peut être détrempé, et choisissez de préférence une journée sèche, hors période de fortes pluies, pour profiter pleinement des reflets et des couleurs.

Sur place, le maître-mot est le respect : des cultures, des cressonnières, du travail des maraîchers qui font vivre ce paysage. On ne cueille rien, on ne s’écarte pas des chemins, on laisse les lieux comme on les a trouvés. Et pour aller plus loin, rien ne remplace une sortie en barque, la façon traditionnelle de pénétrer dans le coeur du marais audomarois. L’office de tourisme du Pays de Saint-Omer renseigne sur les itinéraires balisés et les embarcadères : c’est l’autre visage de cette balade, vu cette fois depuis l’eau.